Yvelines 2009

Blog de campagne du Parti Pirate

La rémunération des artistes : partie 1

Auteur: Maxime Rouquet le 15 septembre 2009

Bonjour à toutes et à tous,

Vous êtes nombreux à nous faire part de votre préoccupation au sujet de la légalisation du libre échange hors cadre commercial : vous craignez que les artistes n’y perdent et ne soient plus rémunérés. Nous souhaiterions expliquer ici pourquoi les artistes ont au contraire tout à y gagner.

La première chose à comprendre est que la vente de titre n’est pas la seule source de revenu des artistes. Nous ne proposons pas de supprimer les revenus issus des concerts, ni ceux venant des pubs pendant la diffusion des titres à la radio, à la télévision ou sur les sites de streaming. Les musiques utilisées dans des films ou des spots continueront d’être rémunérées, même si les gens ont le droit de les écouter gratuitement chez eux.

En ce qui concerne les achats de titres, nous l’avons déjà expliqué, le fait de pouvoir facilement et gratuitement récupérer des œuvres sur Internet n’empêche pas les citoyens de continuer à acheter. Si ces mêmes consommateurs continuent d’acheter aujourd’hui alors que rien ne les empêche de télécharger illégalement, pourquoi craindre qu’ils changeront leurs habitudes et arrêteront de payer les artistes qu’ils aiment ?

Certains artistes, excédés par la ponction colossale opérée par leur maison de disque, claquent la porte et se lancent dans la distribution de leurs œuvres sur Internet. Des groupes comme Radiohead, qui a proposé un album à prix libre, constatent que beaucoup de consommateurs qui payaient continuent de le faire même quand ils n’y sont pas obligés.

Le groupe Nine Inch Nails a lui-même placé une partie de son dernier album sous licence libre autorisant le partage, alors qu’il le vendait dans le même temps sur Amazon. Pour le remercier les fans ont acheté massivement l’album qui s’est retrouvé meilleure vente de l’année 2008 et a généré plus d’un million de dollars en moins d’une semaine. Sans tous les intermédiaires habituels de distribution, d’édition ou de production qui viennent prélever leur dîme.

Bien sûr, ces exemples ne sont pas représentatifs, il est difficile d’estimer combien Radiohead aurait gagné pour cet album en passant par une maison de disque, ou à quel point le succès incroyable de Nine Inch Nails pourrait se reproduire pour un groupe n’ayant pas une telle communauté de fans. Mais ils prouvent que permettre le libre accès aux œuvres culturelles ne signifie pas que les gens arrêteront de payer.

A l’heure actuelle, la diffusion des œuvres a un coût bien moindre qu’il y a dix ans, et les frais à gérer pour l’édition des CDs disparaissent là où la vente d’un ou d’un million de fichiers numériques ne coûte rien. Les marges des éditeurs devraient diminuer proportionnellement à ces frais, mais ils refusent de baisser leurs prélèvements.

Ce n’est pas un hasard si depuis qu’Internet existe, de plus en plus d’artistes s’auto-produisent ou font appel à des petites sociétés qui ne prélèvent pas 90% des ventes. C’est parce qu’enfin les artistes ont une chance de percer sans passer par un des syndicats puissants de la musique, et le mouvement commence aussi pour d’autres œuvres comme les films. Internet est une chance pour les artistes, et s’il représente un danger, c’est avant tout pour les marges des industries du divertissement et des éditeurs.

C’est pourquoi il était anormal de confier l’écriture de la loi HADOPI au patron de la FNAC. Pourquoi il n’est pas dans l’intérêt des artistes de confier la prochaine version à 7 représentants des industries et syndicats d’éditeurs, et de ne jamais consulter ni écouter les artistes ou les citoyens, exclus des soi-disants accords de l’Elysée, alors que de nombreuses associations ont leur mot à dire.

Nous ne nous inquiétons pas pour les artistes des changements apportés par Internet, ils vont dans le sens d’un rééquilibrage des revenus entre créateurs et producteurs, et si les seconds refusent de s’y adapter, ils permettent aux artistes de plus facilement s’émanciper. Et les citoyens n’arrêteront pas de les rémunérer, que le téléchargement soit légal ou illégal.

Ceci étant mis au point, le Parti Pirate est favorable à une réflexion en profondeur pour adapter le financement de la création artistique à l’ère numérique. Nous détaillerons nos espoirs et nos doutes vis-à-vis des solutions possibles dans un prochain article.

Maxime ROUQUET
candidat pour la 10ème circonscription des Yvelines
courriel : maxime.rouquet@partipirate.org

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