Bonjour à toutes et à tous,
Nous allons maintenant présenter la seconde partie de cet article, sur les nouveaux modes de rémunération possibles pour les artistes à l’heure d’Internet. Dans la première partie, nous avions exposé les cas de certains artistes qui, grâce à Internet, s’auto-produisent et distribuent eux-même leurs œuvres, tout en permettant au public d’y accéder librement. Leur nombre augmente chaque jour puisque, depuis la publication de cette première partie, le groupe Smashing Pumpkins a annoncé que son prochain album sera téléchargeable gratuitement. Ils s’inspirent ainsi du modèle de Nine Inch Nails et souhaitent établir une connection avec les fans pour leur donner envie d’acheter l’album. Nous leur souhaitons, à eux et tous ceux qui les imiteront, de connaître le même succès.
Une idée revient régulièrement lorsqu’on évoque le téléchargement illégal, c’est celle de licence globale. On prélèverait sur chaque abonnement à Internet quelques euros, qui permettraient de financer la création. Le mode de répartition n’est pas encore arrêté : il pourrait être basé sur des sondages, comme la SACEM le fait actuellement pour la radio, sur des études de nombre de téléchargements, en mettant en place un site officiel, ou encore sur le nombre d’écoutes, ce qui serait plus juste mais aussi plus difficile à mettre en place en respectant la vie privée des citoyens.
Cette solution nous semble plus constructive que la répression stérile mise en avant par le gouvernement jusque-là, mais nous avons quelques réserves.
Le premier problème de la licence globale viendrait de la répartition des revenus : nous voulons des garanties qu’elle bénéficiera aux artistes, et non aux maisons de disque. Il y a quelques années les maisons de disques critiquaient les sites de streaming, qui permettent d’écouter de la musique sans l’enregistrer sur son disque. Elles ont depuis passé un accord avec certaines plates-formes pour recevoir une partie des revenus publicitaires (comme pour la radio), mais la redistribution de ces revenus n’est pas à l’avantage des artistes qui ne touchent presque rien.
Lorsque les maisons de disques devaient gérer les frais colossaux pour l’édition de CD, il était plus normal que leurs marges soient élevées. Mais ces marges n’ont pas baissé avec la baisse du coût de fabrication des CDs, ni avec la distribution numérique qui rend les coûts quasiment nuls. Nous dénonçons cette pratique et voulons avant tout que les artistes bénéficient de cet abaissement des frais, et nous n’accepterons l’idée d’une licence globale sans cet impératif.
Le second problème de la licence globale est qu’on garde le concept de coût prédéterminé pour une œuvre : écouter une musique ou regarder un film, c’est devoir de l’argent aux auteurs, et cela a un prix fixe. Deux morceaux de musiques n’ont pas la même valeur, et cette valeur change pour chaque citoyen. La notion d’ayant-droit nous dérange parce qu’elle sous-entend qu’entendre une musique vous rend redevable envers l’artiste, quelle que soit votre appréciation de son œuvre. C’est une notion que nous voudrions revoir.
Le concept du mécénat global nous semble ainsi une meilleure approche : comme pour la licence globale, on paie un montant fixe de quelques euros par mois, mais on peut répartir une partie de ce montant comme on le souhaite entre les artistes qu’on choisit de remercier. Le reste sera distribué à l’ensemble des artistes en fonction des dons de tous les autres citoyens, en donnant en proportion plus aux petits artistes.
Cette approche pour la répartition des revenus d’une taxe nous semble plus adaptée à la rémunération des artistes, elle permet de favoriser une œuvre que l’on apprécie et pas une œuvre qu’on « consomme ». Nous observons avec intérêt l’émergence d’initiatives comme la très jeune SARD à ce titre, même si nous avons quelques réserves.
Nous ne sommes donc pas opposés à de nouveaux modes de financement de la création artistique, et nous constatons que de nombreuses idées prometteuses émergent. Si nous soutenons sans réserve les initiatives de Radiohead, Nine Inch Nails ou les Smashing Pumpkins, nous étudions avec optimisme l’évolution de l’idée du concept de financement par prélèvement fixe de quelques euros, qui vont dans le bon sens.
En revanche, nous déplorons que le gouvernement confie encore une fois la mission d’étude pour la mise en place de cette rémunération aux syndicats des industries du divertissement. Après l’écriture de la loi HADOPI confiée au PDG de la FNAC, la mission « HADOPI 3″ sera dirigée par Patrick Zelnik, le producteur de Carla Bruni Sarkozy, et placée entre les mains de sept représentants des syndicats de l’industrie. Pas un représentant pour les artistes, pas une association de citoyens.
Comment pourrait-on espérer voir un rééquilibrage des revenus en faveur des artistes si on confie à ceux qui doivent baisser leurs marges toutes les décisions ? Cette mission va très probablement mettre en place une nouvelle taxation de l’abonnement à Internet, qui reviendra en majorité aux industries du divertissement au lieu des artistes, et ne s’accompagnera de plus d’aucun droit pour les citoyens. Il y a un conflit d’intérêt évident, et nous le dénonçons fermement.
Nous appelons tous les citoyens qui souhaitent une véritable réflexion sur la rémunération des artistes, adaptée à l’ère numérique, et non une nouvelle taxe ne donnant aucun droit en échange, à l’exprimer en votant pour le Parti Pirate.
Maxime ROUQUET
candidat pour la 10ème circonscription des Yvelines
courriel : maxime.rouquet@partipirate.org